Top dix : Être artiste visuel·le et vivre avec un handicap
Artiste visuel·le et vivre avec un handicap
L'art, c'est voir le monde à travers ses propres yeux et le traduire pour les autres.
Je m'appelle Rachel Boutin. Je suis artiste visuelle, spécialisée en peinture, dessin et broderie. En 2025, j'ai participé à plus d'une douzaine d'expositions, remporté des prix pour mon art et vendu mes œuvres. La plupart du temps, les gens ne savaient même pas que je vis avec la sclérose en plaques depuis 2008. Bien que ma maladie affecte ma mobilité et mon niveau d'énergie, elle n'étouffe ni ma passion artistique ni ma capacité à créer de nouvelles œuvres.
Voici ce que j'aimerais que vous sachiez sur la réalité des artistes vivant avec un handicap.
1. Mon handicap ne m'empêche pas de participer pleinement à cette vie artistique.
Quand vous me voyez à mon kiosque dans un marché d'art, souriante et en conversation avec les visiteurs, ce que vous ne voyez pas, c'est la planification minutieuse qui m'aide à gérer mon énergie en prenant des pauses stratégiques tout au long de l'événement. Et même ainsi, je sais que je devrai peut-être en payer le prix physique pendant plusieurs jours après.
Mais je peux vous dire que ça en vaut toujours la peine. Tisser des liens personnels avec des gens qui apprécient mon art nourrit ma pratique et me permet de contribuer à une économie culturelle locale vivante.
Je continue de créer, d'exposer et de vendre mon travail dans les marchés d'art et d'artisanat. Je dois adapter mes stratégies à chaque fois, mais c'est une partie essentielle de qui je suis en tant qu'artiste professionnelle.
2. Les marchés d'art et d'artisanat sont exigeants physiquement, mais profondément enrichissants.
Comme vous pouvez l'imaginer, transporter les œuvres et le matériel, monter le kiosque et passer des heures debout tout au long du week-end demande beaucoup d'énergie. Mais tout ça en vaut la peine pour ce beau moment où quelqu'un s'arrête devant mon travail et dit : « votre art me touche ». Vivre cette connexion profondément enracinée entre mon art et le public est irremplaçable.
Je choisis de tout cœur de participer à ces événements pour ces moments sacrés entre mon art et le public. Exposer mon travail est exigeant, mais c'est cette expérience qui donne vie et sens à ma pratique.
3. Parce que les lieux d'exposition ne sont pas toujours accessibles, l'installation et le démontage sont inutilement difficiles.
Les organisateurs ne peuvent pas toujours connaître ou comprendre ce qui ne les affecte pas directement. Imaginez les défis de hisser votre équipement dans une cage d'escalier faute d'ascenseur, pour ensuite faire face à des échelles instables et des systèmes d'accrochage compliqués.
Si vous organisez une exposition, prenez un moment pour réfléchir à la façon dont l'accessibilité affecte les artistes autant que le public. Pour soutenir pleinement cette communauté, rejoignez les artistes directement et demandez-nous ce dont nous avons besoin pour exposer notre travail en toute sécurité et efficacement.
4. Je suis une artiste professionnelle qui vit avec un handicap ; je ne fais pas d'art-thérapie.
L'art peut certes être thérapeutique pour tout le monde, mais ma pratique artistique est de niveau professionnel. Tout comme n'importe quel autre artiste, je crée des œuvres qui méritent d'être jugées sur leur qualité esthétique, leur approche conceptuelle et leur maîtrise technique.
Bien que mon handicap fasse partie intégrante de qui je suis, il ne définit pas mon art. Ce qui compte avant tout, c'est que notre travail soit évalué selon ses propres mérites artistiques.
5. La fatigue et la gestion de l'énergie font partie intégrante de ma réalité de production.
Une approche disciplinée de la gestion de ma santé fait de moi une artiste plus réfléchie et intentionnelle dans ma pratique.
Certains jours, je peux peindre pendant des heures ; d'autres jours, j'ai besoin de me reposer. Cette variabilité est la nature d'un handicap progressif. Cela ne signifie pas que je suis moins productive ou moins engagée dans ma pratique — cela signifie simplement que je dois planifier différemment.
J'ai appris à travailler avec mes cycles d'énergie plutôt que de les combattre. Je suis très énergique en début de journée, c'est donc là que je crée. Le soir, je me couche tôt.
6. Quand vous me dites que je suis « inspirante » simplement parce que je crée de l'art, je comprends que ça vient d'un bon endroit.
Cela dit, soyons clairs : je fais de l'art parce que c'est qui je suis. Je ne fais pas de l'art malgré mon handicap. Mon handicap fait partie de mon parcours personnel, mais il ne me définit pas entièrement.
Quand on me décrit comme courageuse ou exceptionnelle pour simplement vivre ma vie et ma profession, cela crée une distance artificielle entre moi et mes visiteurs. Plutôt que d'être surpris qu'une personne handicapée puisse créer quelque chose de beau, je préfère que l'on se concentre sur la façon de tisser nos liens à travers l'art.
J'espère que vous admirerez mon travail parce qu'il vous touche émotionnellement, parce que les couleurs vous parlent, parce que la composition vous attire. Voyez-moi d'abord comme artiste, puis apprenez à me connaître comme personne entière avec toutes mes facettes.
7. J'ai passé des années à apprendre à connaître mes limites et mes capacités.
Vivant avec un handicap progressif, mes limites et capacités peuvent varier d'un jour à l'autre, j'ai donc développé des stratégies pour les naviguer.
Quand quelqu'un me dit « Tu ne devrais pas faire ça » ou « C'est trop pour toi », je sais que l'intention vient d'une sincère préoccupation et je l'apprécie. Mais les gens doivent comprendre que c'est moi qui connais le mieux mon corps et ce dont je suis capable aujourd'hui. J'ai des façons de faire qui me permettent d'atteindre mes objectifs artistiques tout en respectant mes besoins. La confiance que vous me faites pour gérer mes propres limites est le plus beau cadeau que vous puissiez m'offrir.
8. Si vous voulez m'aider, offrez votre aide gentiment, mais respectez ma réponse si je dis que ça va.
Je sais que c'est délicat — vous voulez être utile sans être offensant, et je l'apprécie sincèrement. Mais trop souvent, les gens proposent des solutions sans me demander ce dont j'ai réellement besoin.
Par exemple, quelqu'un pourrait insister pour porter mes œuvres alors que j'ai besoin d'aide pour accrocher mes pièces en hauteur ou ajuster l'éclairage. Ou insister pour que j'utilise une rampe d'accès alors que mes vrais défis sont le plancher inégal qui affecte mon équilibre lors de l'installation, les lourdes portes non automatiques que je dois naviguer à répétition avec mon matériel, ou l'absence de toilettes accessibles à proximité pour une longue journée d'installation. La meilleure façon de m'aider est simplement de demander : « Avez-vous besoin d'aide ? » Si je dis oui, je vous dirai exactement comment vous pouvez m'aider. Si je dis non, sachez que j'apprécie quand même votre geste.
Je ne participe pas aux expositions pour être prise en pitié — j'y participe pour partager ma passion et mon art avec vous.
9. Si vous visitez une exposition où je présente mon travail, accordez-moi la même attention que vous donneriez à n'importe quel artiste.
Regardez mes œuvres avec curiosité. Posez-moi des questions sur mon approche, mes techniques, mes inspirations. Envisagez sérieusement d'acheter une de mes pièces si elle vous parle. Engagez la conversation avec moi comme vous le feriez avec n'importe quel créateur.
Je suis une artiste professionnelle qui contribue à l'économie culturelle, et mon travail a la même valeur que celui de mes pairs. Tout ce que je demande, c'est la même chance de vous toucher avec mon art.
10. L'accessibilité dans les espaces culturels bénéficie à tous, pas seulement aux personnes handicapées.
Que vous soyez organisateur d'événements, directeur de galerie, membre d'un jury ou simplement visiteur d'exposition, vous avez un rôle à jouer dans l'accessibilité. Intégrez les questions d'accessibilité dès la phase de planification, plutôt qu'en après-coup. Écoutez les artistes handicapés quand ils expriment leurs besoins — nous sommes les experts de nos propres expériences.
Quand vous prenez le temps de créer des espaces accessibles, vous ouvrez la porte à une diversité d'artistes et de visiteurs qui enrichit toute la communauté culturelle. C'est un investissement dans la richesse de notre culture collective.
Point bonus. Nous pouvons participer activement et pleinement à la société et à la culture.
Mon handicap fait partie de qui je suis, mais il n'entrave pas ma contribution au monde de l'art. J'ai eu une carrière professionnelle riche et réussie, et maintenant j'ai une pratique artistique qui me nourrit profondément. Cette année, j'ai exposé plus d'une douzaine de fois, j'ai reçu de la reconnaissance, j'ai vendu mes œuvres et j'ai cultivé des liens significatifs avec le public.
Nous ne demandons pas de traitement spécial, nous demandons un accès équitable et la reconnaissance que nos contributions ont de la valeur. Nous demandons que vous nous voyiez d'abord comme artistes, professionnels et contributeurs précieux à la richesse culturelle de nos communautés.
Regardez au-delà de vos premières impressions. Vous seriez surpris de ce que nous accomplissons quand les barrières sont levées et que nous avons le soutien approprié. Et surtout, vous découvrirez que l'inclusion enrichit tout le monde pas seulement ceux qui en ont besoin.
Merci d'avoir pris le temps de lire cet article et de chercher à mieux comprendre. Partagez-le et discutez-en avec les gens autour de vous. Ainsi, plus de personnes pourront comprendre notre réalité d'artistes handicapés et contribuer à bâtir une communauté artistique véritablement inclusive où tout le monde a sa place.
Biographie de Rachel Boutin
Rachel Boutin est une artiste visuelle multidisciplinaire et consultante pour artistes. Elle combine sa pratique en peinture, dessin et broderie avec un coaching professionnel centré sur l'intelligence émotionnelle et le marketing authentique.
Détentrice d'un baccalauréat en histoire de l'art et certifiée EQ-i 2.0, Rachel est la créatrice du PAC™ (Profil de Parcours Artistique Créatif), un outil d'évaluation conçu spécifiquement pour les artistes visuels. Elle a exposé plus d'une douzaine de fois en 2025 et a reçu le prix Coup de cœur de l'historienne de l'art Sylvie Coutu au Festival des arts de Mascouche. Elle est co-fondatrice du mouvement Art qui cause, qui allie création artistique et engagement communautaire.
Rachel vit avec la sclérose en plaques depuis 2008. Elle travaille à Repentigny, au Québec.